Un œil qui pleure sans qu'on soit triste, qui coule au froid, au vent ou en lisant : le larmoiement est banal, agaçant, et presque toujours mal interprété. Dans la majorité des cas, il ne vient pas d'un excès de larmes — mais d'un œil trop sec, ou d'une évacuation qui ne se fait plus.
Le larmoiement n'est presque jamais un excès de larmes
Les larmes sont produites en permanence, étalées par le clignement, puis évacuées par deux minuscules orifices au coin interne des paupières, vers le nez. Un larmoiement apparaît dès que l'un de ces trois temps est en défaut.
Deux mécanismes dominent, et ils sont opposés :
- Le larmoiement par irritation : la surface de l'œil souffre — sécheresse, poussière, blépharite — et déclenche des larmes de réflexe, produites en urgence et de mauvaise qualité. C'est le cas le plus fréquent, et le plus contre-intuitif : on pleure parce qu'on est sec.
- Le larmoiement par obstruction : les larmes sont normales, mais le canal qui doit les évacuer est rétréci ou bouché. Elles débordent alors sur la joue.
Les causes d'un larmoiement
Chez l'adulte
- La sécheresse oculaire, l'une des toutes premières causes de larmoiement chronique.
- Une blépharite ou un dysfonctionnement des glandes du bord des paupières.
- Un rétrécissement du canal lacrymal, fréquent après 50 ans, qui donne un larmoiement permanent, souvent d'un seul côté.
- Une paupière mal positionnée — qui se retourne vers l'extérieur ou vers l'intérieur — et le point lacrymal ne plonge plus dans les larmes.
- Une allergie, avec des démangeaisons associées.
- Un corps étranger ou une lésion de la cornée : larmoiement brutal, unilatéral, douloureux.
Chez le nourrisson
Un larmoiement d'un œil dès les premières semaines est très souvent une imperforation du canal lacrymo-nasal. Elle concerne une part notable des nouveau-nés et se résout spontanément dans la grande majorité des cas avant l'âge d'un an, aidée par des massages du coin interne de l'œil. Un avis médical reste nécessaire, surtout si l'œil est rouge ou purulent.
N'attendez pas : appelez le 15 ou le 112
Certaines situations imposent un avis immédiat et ne relèvent pas d'une téléconsultation. Rendez-vous aux urgences ophtalmologiques ou appelez le 15 (ou le 112) si vous constatez :
- une baisse de vision brutale, même indolore, ou un voile qui masque une partie du champ de vision
- une douleur oculaire intense, surtout accompagnée de nausées, de vomissements ou de halos autour des lumières
- un traumatisme de l'œil, un corps étranger ou une projection de produit chimique — dans ce dernier cas, rincez abondamment à l'eau pendant au moins quinze minutes avant tout
- des éclairs lumineux ou une pluie soudaine de points noirs, qui peuvent annoncer un décollement de rétine
- le larmoiement est apparu brutalement, d'un seul œil, avec une douleur
- le coin interne de l'œil est gonflé, rouge et douloureux, avec parfois du pus — cela évoque une infection du sac lacrymal
- chez un nourrisson, l'œil devient rouge, gonflé, ou l'enfant a de la fièvre
- chez un nourrisson, l'œil qui larmoie craint la lumière, paraît anormalement grand ou voilé — cela peut évoquer un glaucome congénital, qui se traite d'autant mieux qu'il est pris tôt
Un larmoiement brutal, d'un seul œil, avec douleur et gêne à la lumière, évoque une atteinte de la cornée — pas un canal bouché.
Larmoiement et téléconsultation : ce qui est possible
Le raisonnement se fait surtout à l'interrogatoire : depuis quand, un œil ou deux, en permanence ou seulement au froid, avec ou sans démangeaison. C'est ce qui rend ce motif accessible à distance.
Ce qu'elle permet
- Faire le tri entre un larmoiement d'irritation et un larmoiement par obstruction — ce sont deux prises en charge opposées.
- Rechercher la sécheresse oculaire ou la blépharite qui expliquent la majorité des larmoiements chroniques.
- Prescrire le traitement de première intention et vous montrer les soins de paupières.
- Vous orienter vers le bon examen ou le bon geste quand une obstruction est probable.
- Chez le nourrisson, expliquer le massage du sac lacrymal et fixer le délai de surveillance.
Ce qu'elle ne permet pas
- Vérifier la perméabilité du canal lacrymal : cela demande un lavage des voies lacrymales, en cabinet.
- Examiner la cornée à la lampe à fente, ni colorer à la fluorescéine pour chercher une érosion.
- Évaluer précisément la position des paupières et des points lacrymaux.
- Prendre en charge un larmoiement brutal et douloureux d'un seul œil, qui relève d'un examen sans délai.
Que faire contre un larmoiement
Le traitement suit la cause, et non le symptôme — c'est pourquoi essuyer ou « assécher » ne mène nulle part.
- Si le larmoiement vient d'une sécheresse, ce sont les larmes artificielles sans conservateur et les soins de paupières qui le font le plus souvent céder. Le paradoxe n'en est pas un : on remplace des larmes de réflexe inefficaces par un film stable.
- Si une blépharite est en cause, l'hygiène quotidienne des paupières est le traitement de fond.
- Si le canal est rétréci, aucun collyre n'y changera rien : le geste est instrumental — sondage, dilatation, ou chirurgie de dérivation dans les formes installées.
- Chez le nourrisson, des massages doux du coin interne, plusieurs fois par jour, suffisent le plus souvent.
Un larmoiement qui dure depuis des mois, qui coule sur la joue et gêne la lecture ou la conduite, mérite d'être exploré : il se traite dans la plupart des cas, et il n'y a pas de raison de le supporter sans avis.
Questions fréquentes
Pourquoi mon œil pleure-t-il alors qu'il est sec ?
Parce qu'une surface oculaire irritée déclenche des larmes de réflexe, produites en urgence et de mauvaise qualité : elles débordent sans protéger l'œil. Le larmoiement est ainsi l'un des symptômes les plus fréquents de la sécheresse oculaire.
Un larmoiement au froid ou au vent est-il normal ?
Oui, dans une certaine mesure : le froid et le vent stimulent la production de larmes chez tout le monde. Cela devient anormal si le larmoiement persiste à l'intérieur, coule sur la joue, ou gêne la lecture.
Le larmoiement de mon bébé va-t-il passer tout seul ?
Le plus souvent oui : une imperforation du canal lacrymo-nasal se résout spontanément dans la grande majorité des cas avant un an, aidée par des massages du coin interne. Un œil rouge, purulent ou une fièvre imposent en revanche un avis rapide.
Existe-t-il un collyre contre le larmoiement ?
Pas en tant que tel. Si le larmoiement vient d'une sécheresse, ce sont paradoxalement les larmes artificielles qui le font céder. S'il vient d'un canal bouché, aucun collyre n'agira : le traitement est instrumental.
Faut-il opérer un canal lacrymal bouché ?
Pas toujours. Un simple sondage ou une dilatation suffit dans certains cas. La chirurgie de dérivation est réservée aux obstructions installées et gênantes ; elle donne de bons résultats dans la grande majorité des cas, mais elle se décide après un examen des voies lacrymales.
Sources
- Ameli Sécheresse oculaire : définition, symptômes et causes Assurance Maladie — première cause de larmoiement chronique de l'adulte.
- Ameli Œil rouge : quelles sont les causes ? Assurance Maladie — quand un œil qui pleure s'accompagne d'une rougeur.
- PubMed Epiphora Patel J et al. StatPearls. La démarche devant un larmoiement de l'adulte.
- PubMed Congenital Nasolacrimal Duct Obstruction (CNLDO): A Review Vagge A et al. Diseases. 2018. L'évolution spontanée chez le nourrisson.