Demander un second avis ophtalmologique n'est pas manquer de confiance envers son médecin : c'est une démarche normale, que la loi rend possible — le libre choix du praticien est un principe fondamental du droit de la santé — et particulièrement légitime avant une chirurgie ou au début d'un traitement long. Encore faut-il savoir ce qu'un second avis peut apporter — et ce qu'il ne peut pas.
Quand un second avis ophtalmologique se justifie
Quatre situations reviennent le plus souvent :
- Avant une chirurgie — cataracte, chirurgie réfractive, chirurgie du glaucome ou de la rétine. Une intervention se décide, elle ne se subit pas.
- Devant un diagnostic lourd ou inattendu, qu'on n'a pas eu le temps d'entendre pendant la consultation.
- Au début d'un traitement long, notamment par injections intravitréennes, dont on veut comprendre l'alternative et le rythme.
- Quand deux avis divergent, ou quand un traitement n'apporte pas ce qui était annoncé.
Un second avis ophtalmologique est aussi, très souvent, une demande d'explication : les questions qu'on n'a pas osé poser, ou qui ne sont venues qu'après.
Un avis sur pièces, et c'est dit comme tel
C'est la limite qu'il faut poser d'emblée. Un second avis ophtalmologique rendu en téléconsultation repose sur les documents que vous transmettez et sur ce que vous racontez. C'est un avis sur pièces : il éclaire, il ne ré-examine pas.
Cela n'en fait pas un avis de moindre valeur. Une grande partie du travail d'un second avis consiste à relire un compte rendu, à replacer un résultat dans son contexte, à exposer les alternatives et leurs limites — et tout cela se fait très bien à distance, dès lors qu'on y consacre le temps nécessaire.
En revanche, l'ophtalmologiste ne contredira pas un confrère qui vous a examiné sur la seule foi d'un document. S'il pense qu'un examen complémentaire est nécessaire, il vous le dira ; c'est aussi une réponse.
Préparer son second avis
La qualité du second avis dépend directement de ce que vous transmettez :
- le compte rendu de consultation ou d'examen, dans son intégralité ;
- les résultats d'imagerie — OCT, champ visuel, rétinographie, échographie — planches comprises, et pas seulement la conclusion ;
- l'ordonnance en cours ;
- le devis ou le document d'information si une chirurgie est proposée ;
- et, très utile, la liste écrite de vos questions : une consultation passe vite.
Vous pouvez photographier ces documents ou joindre un PDF depuis la salle de consultation, avant ou pendant celle-ci.
N'attendez pas : appelez le 15 ou le 112
Certaines situations imposent un avis immédiat et ne relèvent pas d'une téléconsultation. Rendez-vous aux urgences ophtalmologiques ou appelez le 15 (ou le 112) si vous constatez :
- une baisse de vision brutale, même indolore, ou un voile qui masque une partie du champ de vision
- une douleur oculaire intense, surtout accompagnée de nausées, de vomissements ou de halos autour des lumières
- un traumatisme de l'œil, un corps étranger ou une projection de produit chimique — dans ce dernier cas, rincez abondamment à l'eau pendant au moins quinze minutes avant tout
- des éclairs lumineux ou une pluie soudaine de points noirs, qui peuvent annoncer un décollement de rétine
- votre état s'est modifié depuis le dossier que vous voulez faire relire : c'est une nouvelle consultation qu'il faut, pas un second avis
- la chirurgie qui vous est proposée l'est en urgence : le second avis ne doit pas la retarder
Si votre état s'est modifié depuis le dossier que vous voulez faire relire, ce n'est plus un second avis qu'il faut, mais une nouvelle consultation.
Second avis en téléconsultation : ce qui est possible
Ce qu'elle permet
- Reprendre point par point un compte rendu ou une proposition thérapeutique, dans un langage compréhensible.
- Répondre aux questions qu'on n'a pas osé poser, ou qui sont venues après la consultation.
- Situer les alternatives existantes, leurs avantages et leurs limites.
- Confirmer qu'un avis complémentaire en cabinet est utile — ou qu'il ne l'est pas.
- Vous remettre un compte rendu écrit, dont vous disposez librement.
Ce qu'elle ne permet pas
- Se substituer à un examen : un second avis ophtalmologique rendu sans examen reste un avis sur pièces, et il est présenté comme tel.
- Contredire un confrère qui vous a examiné, sur la seule foi d'un document.
- Vous dispenser du suivi engagé auprès de votre ophtalmologiste habituel.
- Réaliser les examens manquants, quand le dossier transmis est incomplet.
Questions fréquentes
Ai-je le droit de demander un second avis ?
Oui, sans réserve. Le libre choix du praticien est un principe fondamental du droit de la santé (article L.1110-8 du code de la santé publique), et vous pouvez obtenir copie de votre dossier pour le faire relire (article L.1111-7). Demander un second avis ophtalmologique ne vous engage à rien vis-à-vis de votre médecin habituel.
Que dois-je transmettre ?
Le compte rendu de consultation ou d'examen, les résultats d'imagerie si vous les avez — planches comprises — et l'ordonnance en cours. Vous pouvez les photographier ou joindre un PDF depuis la salle de consultation.
Mon ophtalmologiste sera-t-il informé ?
Uniquement si vous le souhaitez. Le compte rendu établi à l'issue de la consultation vous est remis, et vous en disposez librement.
Un second avis ophtalmologique peut-il remplacer mon suivi ?
Non. Il s'ajoute à votre suivi, il ne s'y substitue pas. Le suivi d'une maladie évolutive repose sur des examens répétés et comparés entre eux.
Et si le second avis dit la même chose que le premier ?
C'est une réponse en soi, et souvent celle qu'on cherchait : une confirmation permet d'avancer sereinement. Un second avis n'a pas pour objet de contredire, mais d'éclairer.
Sources
- Ameli Vos droits et démarches Assurance Maladie — droits du patient et libre choix du praticien.
- HAS Délivrance de l'information à la personne sur son état de santé Haute Autorité de santé, mai 2012 — recommandation de bonne pratique.
- PubMed Patient-initiated second opinions: systematic review of characteristics and impact Payne VL et al. Mayo Clin Proc. 2014. Apport réel du second avis.
- PubMed Martha's rule and patients' rights to a second opinion BMJ. 2023. Le droit du patient à un second avis.