Renouvellement de traitement ophtalmologique : renouveler ou réévaluer

Publié le 20 août 2026 par Dr Julien Gozlan 6 min de lecture

Un collyre qui arrive à sa fin, un traitement qu'on supporte mal, une ordonnance qui court depuis des années sans qu'on sache toujours pourquoi : le renouvellement de traitement est l'un des motifs les plus simples à traiter en vidéo — et l'un de ceux où la limite doit être dite le plus clairement.

Quels traitements peuvent être renouvelés à distance ?

Le renouvellement de traitement en téléconsultation dépend beaucoup moins du médicament que de ce que sa surveillance exige. Un traitement dont l'efficacité se juge sur ce que vous ressentez se suit bien à distance ; un traitement dont l'efficacité se mesure sur un appareil, non.

Ce qui se prête bien à un renouvellement de traitement en vidéo

  • Les larmes artificielles et traitements de la sécheresse oculaire : leur effet se juge sur le confort.
  • Les collyres antiallergiques, dont on évalue l'efficacité sur la démangeaison.
  • Les soins de paupières et traitements de la blépharite.
  • Un traitement récemment institué, dont on veut simplement vérifier la tolérance avant le prochain rendez-vous.

Ce qui impose un examen, même pour un simple renouvellement

  • Le glaucome : l'efficacité du collyre se juge sur la pression oculaire, mesurée à l'appareil, et sur le champ visuel. Un renouvellement de dépannage reste possible pour ne pas interrompre le traitement, mais il ne remplace jamais le contrôle.
  • La DMLA et les traitements par injections, suivis sur OCT.
  • Les corticoïdes en collyre, qui peuvent faire monter la pression oculaire et favoriser une cataracte : ils ne se renouvellent pas sans surveillance.
  • Tout traitement dont vous ne connaissez ni le nom ni l'indication, et pour lequel aucun compte rendu n'est disponible.

Un collyre de glaucome ne s'arrête pas parce que le flacon est vide

C'est le message le plus important de cette page. Le glaucome chronique ne fait pas mal, ne trouble pas la vue au début, et le traitement ne procure aucune sensation. Rien, absolument rien, ne signale son interruption — jusqu'à ce que le champ de vision se soit amputé, et cette perte-là est définitive.

Si votre flacon touche à sa fin et que votre rendez-vous est lointain, un renouvellement de traitement en téléconsultation est précisément fait pour cela : maintenir la continuité en attendant le contrôle. Ne restez pas sans traitement, et ne l'espacez pas de vous-même.

Réévaluer : quand un traitement mérite d'être rediscuté

Un renouvellement n'est pas toujours la bonne réponse. Plusieurs situations appellent une réévaluation :

  • Le traitement ne soulage pas, ou plus : il faut comprendre pourquoi avant d'en reprendre la même boîte.
  • Il est mal supporté : brûlure à l'instillation, rougeur, gêne croissante. Un conservateur en cause peut souvent être évité en changeant de forme.
  • Vous ne le prenez pas régulièrement : c'est fréquent, ce n'est pas une faute, et cela se dit. Un traitement mal pris se remplace parfois par un mieux adapté.
  • Vous ne savez plus pourquoi vous le prenez : une ordonnance reconduite pendant des années sans réévaluation est une situation à reprendre.

Une téléconsultation se prête bien à cette discussion : elle prend le temps de l'interrogatoire, qui est ici l'essentiel.

N'attendez pas : appelez le 15 ou le 112

Certaines situations imposent un avis immédiat et ne relèvent pas d'une téléconsultation. Rendez-vous aux urgences ophtalmologiques ou appelez le 15 (ou le 112) si vous constatez :

  • une baisse de vision brutale, même indolore, ou un voile qui masque une partie du champ de vision
  • une douleur oculaire intense, surtout accompagnée de nausées, de vomissements ou de halos autour des lumières
  • un traumatisme de l'œil, un corps étranger ou une projection de produit chimique — dans ce dernier cas, rincez abondamment à l'eau pendant au moins quinze minutes avant tout
  • des éclairs lumineux ou une pluie soudaine de points noirs, qui peuvent annoncer un décollement de rétine
  • une douleur oculaire intense s'accompagne de halos colorés autour des lumières et de nausées : cela peut être une crise aiguë de fermeture de l'angle, qu'un glaucome soit déjà connu ou non
  • votre vision a baissé depuis le début du traitement
  • l'œil est devenu rouge et douloureux après l'instillation d'un collyre

Une douleur oculaire intense avec des halos colorés et des nausées doit faire craindre une crise aiguë de fermeture de l'angle — qu'un glaucome soit déjà connu ou non. C'est une urgence.

Renouvellement de traitement : ce que permet la vidéo

Préparez votre ordonnance en cours et, si possible, le compte rendu de votre dernier examen. Photographiez aussi les flacons : le nom exact et le dosage y figurent, et ils comptent.

Ce qu'elle permet

  • Obtenir un renouvellement de traitement bien toléré et bien suivi, pour éviter une interruption avant votre prochain rendez-vous.
  • Faire le point sur la tolérance : brûlure, rougeur, gêne, et repérer un conservateur en cause.
  • Reprendre avec vous la façon dont vous instillez le collyre — un geste mal fait fait perdre l'essentiel de la dose.
  • Réévaluer un traitement qui ne soulage plus, ou dont l'indication n'est plus claire.
  • Vous dire dans quel délai un contrôle en cabinet devient indispensable.

Ce qu'elle ne permet pas

  • Mesurer la pression de l'œil — donc juger de l'efficacité d'un traitement du glaucome.
  • Réaliser un champ visuel ou un OCT, sur lesquels repose le suivi du glaucome et de la DMLA.
  • Renouveler durablement un corticoïde en collyre, dont la surveillance impose un examen.
  • Instituer un nouveau traitement de fond sans examen préalable.

Questions fréquentes

Un renouvellement de traitement par collyre du glaucome est-il possible en téléconsultation ?

Un renouvellement de continuité est possible pour éviter une interruption, et c'est souvent préférable à un arrêt. Mais il ne remplace pas le contrôle : l'efficacité du traitement se juge sur la pression oculaire et le champ visuel, qui se mesurent en cabinet.

Que se passe-t-il si j'arrête mon collyre quelques semaines ?

Rien de perceptible — et c'est précisément le danger. Le glaucome ne donne aucun symptôme tant que l'atteinte n'est pas avancée, et le champ de vision perdu ne revient pas. Il ne faut pas interrompre le traitement de sa propre initiative.

Mon collyre me brûle : est-ce normal ?

Une gêne brève est fréquente, une brûlure durable ne l'est pas. Le conservateur est souvent en cause, et une forme sans conservateur existe pour la plupart des collyres. Cela se rediscute, plutôt que de se supporter.

Comment bien instiller un collyre ?

Tirez la paupière inférieure vers le bas, déposez une seule goutte dans le cul-de-sac, fermez l'œil sans le serrer et appuyez une à deux minutes au coin interne, contre le nez. Une seule goutte suffit : son volume dépasse déjà ce que l'œil peut retenir. Et si vous utilisez plusieurs collyres, espacez-les d'au moins cinq minutes : instillés coup sur coup, le second lave le premier.

Que dois-je préparer ?

Votre ordonnance en cours, les flacons eux-mêmes — le nom et le dosage y figurent — et le compte rendu de votre dernier examen ophtalmologique si vous l'avez.

Sources